"Vous partez avec la caisse!"


"Voyez-nous comme vos sauveurs!"



Préambule 

Dans cette histoire tout est vrai, même les répliques d'anthologie, à l'exception des noms des anti-héros, de sorte que, à qui ne les connaît pas déjà, comme tels leur identification soit impossible.

Les victimes de l'escroquerie ont raconté leur histoire au narrateur, qui en a fait le résumé ci-dessous. Naturellement, tout raconter dans les moindres détails exigerait un texte beaucoup plus long, mais de ce qui est déjà dit ici une salutaire morale peut déjà se dégager, ressemblant fort à celle d'une célèbre fable de La Fontaine: Les flatteurs ne sont pas les payeurs!

Beaucoup de ceux qui liront ces pages connaissent sans doute aussi la célèbre pièce de théâtre de Molière intitulée "Tartuffe". L'histoire que l'on va lire ci-dessous ne parle pas d'un Tartuffe dans le domaine religieux mais d'un Tartuffe dans le domaine des "affaires"...

Ce qui caractérise un Tartuffe, c'est qu'"il ment comme il respire". Le point commun entre le Tartuffe religieux et le Tartuffe du "bizness", c'est que les deux sont intéressés par le magot... Le magot possédé par les gogos qu'il a le désir de plumer!

En dévoilant avec quelles rusées astuces le Tartuffe et son associé, totalement solidaire de son maître, sont arrivés à faire main basse sur une entreprise pour une somme ridicule (moins de 1% de son prix réel!) le but n'est pas de donner des idées aux escrocs en puissance pour en faire des émules des anti-héros de cette histoire mais plutôt de mettre en garde les vendeurs trop crédules ou trop naïfs à l'égard des beaux parleurs sachant flatter et mentir pour mieux embobiner...


L'histoire

Après avoir créé et animé une entreprise de vente de produits naturels et écologiques de santé et et de bien-être sur Internet pendant une dizaine d'années, un couple arrivant à l'âge de la retraite sent le moment venu de progressivement passer la main... Aussi, depuis quelques années, l'entreprise s'essouffle un peu, et du sang neuf serait certainement le bienvenu.

Ils mettent donc, début janvier 2019, en vente leur entreprise sur le site d'une société spécialisée dans la transmission des entreprises. La société spécialisée ICF évalue le bien à près d'une centaine de milliers d'€uros, et l'entreprise est donc mise en vente au prix proposé par l'expert, auquel - si l'acquéreur est aussi intéressé par le stock - s'ajoute naturellement le prix du stock.

Assez rapidement (au bout d'un mois ou deux), après un ou deux contacts, se présente, par téléphone, un acquéreur parisien, semblant sérieusement intéressé et habitant une prestigieuse rue de la capitale, de sorte qu'au téléphone une dame appartenant à la société de mise en ventes d'entreprises déclare au téléphone à la dame du couple acquéreur:

- "Ce monsieur habite la rue de Rivoli, vous n'aurez pas de souci avec lui!".

Malheureusement, cela ne doit pas suffire, car cette  prédiction optimiste ne s'est pas réalisée, car, bientôt, juste après la vente en fait, les soucis allaient commencer...

Rendez-vous est pris avec l'acquéreur potentiel, Monsieur DP, au siège de l'entreprise. L'acquéreur se présente, très jovial et d'apparence sympathique, et, rapidement, étale sa grande connaissance du monde des affaires. Il fait constamment référence à des concepts anglophones, cela impressionne toujours les béotiens!

Après avoir dévalorisé la valeur intrinsèque de l'entreprise, il explique alors à ses vendeurs potentiels que la vraie valeur de leur entreprise c'est ... eux-mêmes! Eux-mêmes qui, par leur compétence et leur connaissance des produits naturels bons pour la santé, ont réussi à créer et à si bien développer de toutes pièces cette entreprise. Et, vlan!, un premier coup de brosse à reluire...!

Il comprend, bien sûr, aussi que les vendeurs soient, après des années, un peu fatigués d'assumer la responsabilité de cette entreprise. Il est temps qu'arrive un "manager" performant. "Voyez-nous comme des sauveurs!" ne craint-il pas d'affirmer.

Par conséquent, s'ils veulent qu'il achète leur entreprise, ils doivent aussi apporter leur expertise pendant trois ans pour favoriser la reprise et le développement de l'entreprise, pour laquelle il a de grandes ambitions. Il veut, aux catégories de produits déjà existantes, ajouter de nouvelles gammes orientées vers la beauté naturelle de produits fabriqués en Amérique et parle de multiplier le chiffre d'affaires par cinq, dix ou davantage, en seulement quelques années...!

Le couple de vendeurs est ouvert à l'idée de mettre en place une période de transition au cours de laquelle ils vont, en une dynamique commune, aider l'entreprise à prendre son essor dans sa nouvelle vie et les nouveaux responsables à connaître le domaine des produits naturels bons pour la santé, qui, pour l'heure, leur semble encore assez étranger.

Bien sûr, si quelqu'un avait été prêt à acheter l'entreprise  d'un coup en signant immédiatement un chèque global, cela aurait convenu encore mieux, mais - comme dit le proverbe - "Un tien vaut mieux que deux tu l'auras!". Lorsque l'on désire transmettre son affaire, un acquéreur, cela ne se refuse pas!

L'acheteur propose alors aux vendeurs de signer un "MOU", acronyme anglais signifiant "Memorandum Of Utility", une sorte de compromis de vente définissant une période au cours de laquelle les négociations de vente et d'achat vont pouvoir se développer.

Les vendeurs signent le "MOU" et la date de vente est fixée au 1er avril. Espérons que cela ne sera pas un poisson!

Début mars, les vendeurs sont invités dans une brasserie à Paris, afin d'y rencontrer le partenaire financier de l'acheteur principal. Celui-ci arrive en retard, dans sa grosse voiture, et tout en sirotant sa consommation, affirme haut et fort devant les vendeurs qu'il soutiendra sans réserve l'acheteur dans son projet d'acquisition.

Eh non, cela ne sera pas un poisson (quoi que!), puisque, bientôt, l'acheteur propose de fixer la signature au 11 mars. Pourquoi attendre le 1er avril, puisque les vendeurs sont prêts à vendre et les acheteurs prêts à acheter?

Les vendeurs acceptent l'avancement de la date d'acquisition et les deux acquéreurs, DP et HB, arrivent à leur domicile, en province, avec, sous le bras, les contrats ou conventions préparé(e)s par eux et/ou leurs avocats (?). Par la suite, les vendeurs apprendront que lorsqu'il y a un avocat dans une transaction de vente d'entreprise, il se doit d'être équitablement l'avocat des deux parties.

Des conventions, il y en a trois. La première concerne le remboursement du compte d'associé, correspondant à lui tout seul à à peu près la moitié du montant de la vente totale et devant s'effectuer sur trois ans de façon progressive avec des mensualités croissantes. La deuxième est une convention dite d'"aide à la reprise" devant, sur trois ans, permettre de payer le montant du prix du stock (soit environ un tiers du prix total incluant le stock). La troisième est une convention dite d'"aide au développement" prévoyant un accompagnement sur trois ans, avec une rétribution modique pour les deux vendeurs "experts" devant être les "chefs produits" de 500 € mensuels pour les deux (donc 250 € chacun).

Parmi leurs tâches, ils auront, en particulier, à proposer de nouveaux produits (aucun produit ne sera ajouté au catalogue sans leur plein assentiment!), à rédiger des infolettres,  et surtout à faire des conférences devant être mensuellement organisées à travers toute la France.

Tout cela, dans le principe, convient aux vendeurs qui voient que non point tout de suite mais trois ans plus tard, ils auront reçu sensiblement le montant correspondant au prix de la mise en vente plus le stock et que pendant ces trois ans ils auront l'occasion de continuer à partager ce qu'ils aiment: la connaissance des produits naturels bons pour la santé et bons pour la planète!

Ce jour-là, la dame du couple vendeur se préoccupe au sujet d'une somme d'argent supplémentaire que, de son propre compte, elle a récemment mis dans l'entreprise. Pour le vendeur, c'est trop tard!: "Vous partez avec la caisse!" ne craint-il pas de lui dire.

Donc, sans se méfier, ils signent le 11 mars. A ces trois conventions s'ajoutent divers autres documents prévoyant la transmission de la marque INPI, des noms de domaines, des e.mails de l'entreprise, du site Internet qu'ils signent aussi, confiants. Confiants ou bien naïfs? Probablement les deux!

En effet, dès le début d'avril, le couple se met au travail, en particulier lui rédige déjà une bonne dizaine de textes de newsletters et prépare la documentation et notamment les diaporamas qui devront être utilisés pendant les conférences projetées, tandis qu'elle surveille l'activité, multiplie les contacts et fait des propositions. Il leur faudra, à tous les deux, au moins deux mois avant de progressivement réaliser avec certitude qu'en réalité leurs acquéreurs ne sont nullement intéressés par leur soi-disant "expertise". Tout cela n'était que de l'enfumage!

En soi, les conventions qu'ils ont signées leur semblent correctes, mais ils ne leur vient pas du tout à l'idée que, très rapidement, elles ne seront nullement respectées, à peu près sur aucun point! Et, en particulier, qu'ils ne seront payés en rien!

Pour faire cette découverte, il leur faut déjà attendre la fin du mois d'avril pour se rendre compte, début mai, au bout de plusieurs jours, que ni la première mensualité correspondant au remboursement du compte courant d'associé ni les deux factures correspondants aux conventions dites "de reprise" et d'"aide au développement" ne sont payées. Pourtant, à réception des factures, le 2 mai, monsieur DP répond par e.mail: "Je m'en occupe".

Mais, datée du 8 mai, le 9 mai, le couple reçoit une ... lettre recommandée avec accusé de réception, les informant que le vendeur ne les paiera pas! Pour le motif allégué que l'entreprise n'aurait pas gagné assez d'argent au cours du mois d'avril!

Les vendeurs sont interloqués! Il n'a jamais été question, si peu que ce soit, ni dans les conventions ni oralement, que le paiement de leurs factures et mensualités soit subordonné au chiffre d'affaires de l'entreprise! Des factures doivent être payées, des mensualités de remboursement doivent être honorées. Il ne peut être question d'autre chose!

Qu'est-ce que cela veut dire? A quoi sert le financier qui leur a été présenté à Paris? Est-ce que les acheteurs ont entrepris l'achat d'une entreprise sans le moindre sou en poche? Ils font une réponse écrite dans ce sens.

Quelques jours plus tard, à distance, une réunion Skype est programmée. Au cours de la réunion, la dame du couple vendeur émet la supposition que les deux associés acheteurs auraient entrepris l'acquisition de l'entreprise des vendeurs sans, en fait, d'avoir l'argent pour cela en poche.

Piqué au vif comme s'il avait reçu une insulte personnelle, le nouveau "gérant" de l'entreprise affirme que, bien sûr, qu'ils ont de l'argent en poche! Comment serait-il possible d'en douter? Et, pour justifier son refus de payer ses vendeurs, il explique, sans rire, que "l'argent {disponible} est réservé au développement de l'entreprise" et qu'"une entreprise saine est une entreprise qui a des dettes"!!! 

Il justifie aussi sa lettre recommandée en expliquant qu'il a préféré envoyer la lettre recommandée d'abord, puis expliquer après, plutôt que l'inverse. Selon lui, la lettre recommandée est motivée par une clause de la convention qui mentionne qu'en cas de difficulté dans la mise en œuvre de la convention "la partie rencontrant la difficulté se doit d'en informer l'autre partie". Et probablement s'imagine-t-il que cela le dispense de payer ses acheteurs!?!

Pendant ce temps-là, son associé, manifestement embarrassé, regarde ostensiblement le plafond. Même par Skype, il serait manifestement "désagréable" de devoir croiser le regard des acheteurs ainsi trahis et dupés.

Le joli mois de mai passe et, le 25, tout naturellement, le vendeur, devant s'absenter quelques jours, envoie les deux factures correspondant aux deux conventions, payables au 30. A réception - à peine croyable! -, le nouveau gérant répond: "C'est une provocation!". Pour lui, recevoir les factures de ses vendeurs et prestataires de service à la fin du mois est une - cela ne s'invente pas! - ... provocation! Et par conséquent, il les ... refuse!

Toutefois, c'est le même jour, un samedi, qu'arrivent aussi, datées du 24, non pas une mais deux nouvelles ... lettres recommandées!

Cela devient une habitude! La première - cela devient monotone! - a pour fonction d'informer les vendeurs que, ce mois non plus, les bénéfices de l'entreprise n'étant pas suffisants, ils ne seront pas davantage payés qu'à la fin du mois d'avril. De nouveau, rien, nada!

Ceci, est-ce pour justifier cela? Cette lettre affirme aussi que, alors qu'ils ont fortement travaillé pendant les deux mois d'avril et mai, ne comptant ni leur temps ni leur peine, le couple de vendeurs-partenaires se montre "passif", de sorte que, par leur passivité et leur manque d'engagement, ils sont certainement responsables du manque de performances de l'entreprise!!! De plus, il se plaint que le couple aurait une attitude contestataire, les empêchant de faire tranquillement "leurs affaires" et il ajoute que ce serait "intolérable"!!!

Ils sont fortement incités à "se ressaisir". Sinon, le nouveau gérant et propriétaire (qui, en réalité, a juste, en tout et pour tout, payé les parts sociales pour un montant total de mille €) sera "obligé" de prendre "les mesures qui s'imposent", sous-entendu de dénoncer unilatéralement les conventions, de sorte que, pour ces deux conventions, il n'ait ensuite plus rien à payer! Vraiment, bien joué! Et, préparant la suite, il ajoute: "J'espère ne pas devoir en arriver là".

La deuxième lettre recommandée vaut aussi son "pesant de cacahuètes". Tout en insistant lourdement sur la nécessité de leur présence, elle "convie" les vendeurs à une réunion au siège de l'entreprise à Paris (alors que les vendeurs habitent en province à plus de 500 kms), le 13/6 à 14 H afin de - parce que selon lui, c'est nécessaire - pouvoir ... redéfinir la convention du remboursement du compte d'associé en étalant les paiements sur un temps {encore} ... plus long!

Bien que la convention prévoie que tous les déplacements devant être effectués par le couple d'"experts" de la santé naturelle dans le cadre de leurs missions  doivent tous être pris en charge, rien, dans cette lettre recommandée, ne prévoit une quelconque indemnisation pour ce voyage. Ils devraient donc eux-mêmes prendre en charge les frais d'un voyage à Paris rien que pour avoir le droit de voir la seule convention en leur possession ne pouvant être contestée être quand même remise en cause et leurs éventuels paiements encore plus être remis aux calendes grecques! Comme l'on dit: "C'est fort de café!". Il ne manque pas d'air et il ne doute de rien, l'acheteur!

Mais l'on n'a pas tout vu! En vertu du principe "La vie continue", les nouveaux acquéreurs ont conservé le même webmaster. Celui-ci est payé pour le mois d'avril, parce qu'ils ont encore besoin de lui pour la suite. Au mois de mai il est fortement stimulé à travailler un maximum pour eux, en fait beaucoup (il y passe même ses week-ends), en particulier pour mettre en place un ambitieux programme d'affiliation appelé "Devenez ambassadeurs". Et, à la fin du mois de mai, ses accès au site lui permettant de travailler sont tout simplement désactivés, ainsi que son accès à la messagerie de l'entreprise. Dans les faits il est "éjecté" et, bien sûr, lui non plus n'est pas payé! Pas plus, du reste, que sa fille, qui, elle aussi a été sollicitée pour travailler pour l'entreprise!

Dans le même temps, le couple vendeur apprend que le logisticien, lui aussi conservé, n'est pas, non plus, payé depuis le début, soit depuis trois mois. Il a juste reçu, pour l'ardoise de 8000 €, une ... promesse de paiement pour le 15/6. Et ils continuent à recevoir des appels ou des e.mails de fournisseurs de l'entreprise se plaignant que leurs factures ne sont pas, non plus, réglées.... Alors, dans les faits, c'est qui qui est "parti avec la caisse"?




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